"Trop bien"
L'expression morpion
“Quand j’utilise une expression de jeune, c’est qu’elle n’est plus tendance”, entend-on sur France Inter le 13 mars à l’aube. Pas faux. Ainsi de “trop bien”, surgi comme souvent des cours de récré, parti gangrener le reste du monde à la faveur d’un virus transmis en famille, via “les réseaux”, la télé, un peu tout ce qui transporte souvent et c’est dommage pas le meilleur de notre époque (a-t-on jamais vu une épidémie d’irrépressible besoin de lire Balzac ou de couvrir ses parents de mots doux et de gratitude ? Non).
Ainsi de “trop bien”.
“Pour la réparation de votre machine à laver, je peux venir vendredi entre 9h et 20 h.
-Han, trop bien.”
“Tiens, je t’ai rapporté un kouign-aman de chez Union.
-Trop bien.”
“Merci de vous être déplacée. On vous revient (sic) vite avec une réponse pour le poste.
-Trop bien.”
Trop bien par ci, trop bien par là. Pourquoi trop ? Société excessive oblige, le bien est désormais l’ennemi du mieux. Et si le “trop” de la Gen X avait valeur négative (“trop, c’est trop !”) jusqu’à ce que Tropico vienne changer la donne, “trop” a semble-t-il basculé dans l’estimable, volant son job au pauvre senior “très”, viré de la boîte à quelques années de la retraite.
La “faute” à une faille lexicale face au “so” anglais, qu’on peut appuyer tout en coolitude. “This is soooooooo good”. “On ne va pas se mentir”, “C’est trèèèèèèès bon”, ça fait nettement moins le poids musical que “c’est troooooop bon".
Ah ouais, trop vrai.


