Tempête, Colère, Caprice… pourquoi les restaus parisiens ont des noms d’apocalypse émotionnelle ?
Assiste-t-on à une vague de naissances comme on a eu des milliers d’Alain, de Kevin ou de Timéo ?
Balade dans le centre de Paname où les néo-restaus fleurissent. Vivant, Passionné, Caprice, Colère… Un peu plus loin, Tempête, Ethanol, Brûlant, Cagnard, Fugue. Et puis, Epopée, Gourou, Mantra… Comme des cris dans la ville, les enseignes à patronyme en un mono-mot effrayant (« malaisant » diraient les Zoomers) s’affichent toujours plus nombreux dans la capitale, semblant contempler depuis leur dive modernité sombre les braves Narval, Ami Louis et autre joyeusetés à consonances transalpines.
Que se passe-t-il donc chez les pères de la “Cuisine moderne” (selon l’appellation du Michelin) pour qu’un tel plébiscite patronymique l’emporte désormais et qu’ainsi, chaque nouveau-né culinaire porte un nom ampoulé dépouillé comme on a eu des vagues d’Alain, de Kevin ou de Timéo ?
Prenez Colère, le petit dernier du Groupe Bonaloi, résolu à décliner la gamme des péchés capitaux depuis l’ouverture d’Orgueil, dans le 11e, sous la houlette du chef Eloi Spinnler. « Les autres péchés suivront, chacun apportant son lot de surprises enchanteresses », lit-on sur le site éponyme, visualisant si on est estampillé eighties les scènes les plus sombres de Seven (et la tête de Gwyneth Paltrow dans un carton Amazon). Si on a hâte de l’opening de Gourmandise, on ne sait si on doit d’ores et déjà se réjouir de celle d’Avarice mais passons. Chez Tempête, Hugo Audoire et Émile Bonnin la jouent navire chahuté. Chez Caprice, une « table intimiste où « la gastronomie rencontre l’art et le design », les chefs « en résidence » se succèdent. Car on y offre, comme dans beaucoup de ces lieux devenus plus que de simples restaurants (*rire sardonique*) une EXPERIENCE. Comme chez Ethanol, Calcifer, Braise, Cagnard et Brûlant, les cartes de la famille « Feu », ou chez Argile, Granite, Liquide de la famille « Matières », ou chez Cloche, Occasion, et Fugue de la famille « Poésie évocatoire » ou encore chez Joli, Passionné, Vertueux, de la famille « Adjectifs qualificatifs djobi djoba ».
Car oui, comme me l’a expliqué la sémiologue Virginie Spies (dont le Substack est ici), « ces noms sont des programmes : ils ne décrivent pas un lieu, ils prescrivent une expérience. Ils fonctionnent comme des scripts émotionnels. Avant même d’entrer, le client sait dans quel régime affectif il va se situer.




