Rachida Dati, Emmanuel Grégoire : faut-il aimer les sardines pour être maire de Paris ?
Ou quand les candidats aiment se faire Yann cuisiner
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Ils sont au coude à coude. Le dimanche 15 mars, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, les deux candidats en tête des sondages dans la course à la mairie de Paris sauront si « c’est n’importe quoi, les sondages », comme le dit leur adversaire Pierre-Yves Bournazel, ou si ce seront bien eux qui batailleront en tête (suivis, potentiellement, de trois autres repêchés à +10% de suffrages) sur les poteaux de ce Koh-Lanta parisien fait d’alliances, de trahisons et de tentatives de séduction tous azimuts.
Parmi elles, le désormais incontournable exercice de style réseau-social. A ce petit jeu, Dati était partie première, montée en décembre sur son camion-poubelle pour nettoyer la ville dès potron-minet, blouson fluo, brushing impec, dans une vidéo qui a fait le tour des réseaux. « C’est à vous ça ? Je vais vous la vider ! ». Quand on devient un mème de cour de récré à si peu de frais, on fait forcément des émules lassés de s’attabler avec la vieille garde de la presse papier pour dérouler un programme dont tout le monde se fout finalement pas mal (davantage, en tous cas, que du ballet et de l’Opéra).
Celui qui met « les rageux et les rieurs de son côté »
C’est donc ainsi que Rachida Dati (une nouvelle fois pionnière), bientôt suivi d’Emmanuel Grégoire, Sarah Knafo et Pierre-Yves Bournazel, donnèrent rendez-vous au sulfureux Yann vous cuisine, l’influenceur au pouvoir grandissant qui fait littéralement trembler la foodosphère parisienne. « Dégueulasse », « immonde », cela fait en effet plusieurs mois que les emballements comme les emportements sans filtre aucun et dans un langage plus que fleuri de cet autodidacte de la critique culinaire se partagent sous le manteau. Qu’on parle de ses clashs qui changent du goût universel polissé dans les dîners en ville (et notamment de sa critique au lance-flamme de Monsieur Bleu comme de l’assassinat dans les règles du pain au choc XXL de Philippe Conticini). Récemment, c’est le journaliste Laurent Guez qui y est allé de son coup de griffe contre “l’influenceur obscène” qui met « les rageux et les rieurs de son côté », amplifiant plus encore la lumière faite sur le parigot qui pense que « « Finalement, (il ne) reflète que l’esprit qui circule dans Paris. Sur 10 restaurants, 8 ne sont pas bons. »
Fort de sa popularité auprès d’une commu parisienne convaincue du franc-parler de l’“amuseur à l’influence culinaire non corrompue”, c’est donc le coeur vaillant et l’estomac bien accroché que nos candidats à la mairie de cette ville dangereuse, sale et à la gastronomie manifestement surcôtée sont partis se faire cuisiner par ledit Yann qui fait pétocher la capitale.
Canard pour Knafo qui, pourtant, mangerait une entrecôte si c’était son dernier repas, saucisse-purée pour « Pierre-Yves » qui finirait sa vie avec une blanquette… bien essayé, mais nos deux leaders ont trouvé la balise sans boussole, convergeant de concert vers le collier d’immunité gastronomique : la sardine. “Moi, j’adore les sardines. Ca ne fait pas grossir et c’est bon pour la santé. Mon père était fou des sardines, et ma mère les cuisinait de mille façons”, balance une Dati en extase devant les petits filets superposés devant elle.
Et Grégoire, quelques jours plus tard, d’insister sur ce point commun qu’il s’est trouvé avec la candidate LR, Modem, UDI. « C’est un vrai point commun qu’on a », analyse-t-il, prenant pour point de départ l’innocent poisson petit budget pour souligner que tous les deux incarnent, plus que quiconque, « le rêve parisien », celui où « tout le monde peut réussir ». Comme eux.
Mais comme dirait l’innocent Patrick Sébastien victime d’une balle perdue dans la battle Guez-Yannvous, qu’est-ce qu’on est serrés, au fond de cette boîte. Chantent les sardines. Chantent les sardines.





