LeParisianer

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Debrief

Les oiseaux se cachent-ils toujours pour mourir ?

Par Adèle Bréau

sept. 17, 2026
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On s’est mis dans la clim avec le Général et on a maté des jardiniers sexys (mais pas en même temps)

“Vous avez l’option mais pas l’obligation.” Et le voilà qui détourne ostensiblement le regard, comme si j’allais commencer à me désaper, pour me laisser à loisir décider si je laisse 20, 50 ou 400% de pourboire parce que j’ai commandé un latte à 9 euros au comptoir d’un lieu que ne dénigrerait pas les robots qui vont tous nous tuer dans 3 ans max. Alors, je profite de ce débrief de rentrée pour faire une petite aparté avant la revue de presse, sur cette CULPABILISATION nouvelle, comme si on n’en avait pas assez, brandie par tout acteur d’un service rendu, dût-il être dénué de tout échange verbal voire même visuel. Index qui tremble devant les pourcentages, tiraillement, honte au moment de cliquer sur “Non”, froncement de sourcils du jeune homme à lunettes de bois qui va cracher dans mon lait DE VACHE OUI je sais c’est mal. Et “bonne dégustation”.

Pour en revenir à nos moutons, j’ai lu dans le ELLE que les mecs grands seraient en train de passer de mode. N’en déplaise au Grand Charles - super-héros monolithique surprise du grand écran, qui fit émerger cette phrase croisée sur Insta : “cet été, tout le monde est allé se mettre dans la clim avec le Général”-, les “short kings” seraient de retour. La preuve par Zendaya et Tom Holland, Aya et son mari, Carla et Sarkozy, Iris et Antoine (Dupont). Mouais, comme le souligne Quotidien, sur les applis de dating, seuls les grands indiquent leur taille (facile pour faire le tri), et les types de 1,90m reçoivent 60% de messages de plus que ceux de 1,70m. Comme dirait mon fils à chaque fois que je lui dis “han, j’ai vu une nouvelle tendance”, encore un prisme de médias bobos parisiens blabla qui ne correspond pas à la réalité. Ou alors, comme souvent, les pipoles sont en avance sur la société qui bientôt, verra plein de grands échalas errer dans les rues l’âme en peine parce que mieux vaut un gentil petit qu’un grand méchant. QUI SAIT ?

En tout état de cause, petits, moyens et grands se mettent tous à la muscu, posant fièrement (assis si petit) avec une grosse haltère et un short qu’ils gardent aussi hors la salle néonisée puisque, comme l’analyse M le Monde, on est bel et bien passé dans une ère de basic-fitisation de la ville (j’adore ce terme. Team Sac Basic Fit). A se demander pourquoi les salles se prennent encore la tête à construire des vestiaires, tant on est fiers et fières d’arborer sur les trottoirs abdos et leggings, biceps et brassière, même à la caisse de l’Inter (je l’ai fait lundi dernier), oubliant ne nous voilons pas la face qu’on est bel et bien en soutif au supermarché. Qu’aurait dit ma grand-mère (ou le Général, planqué dans sa clim) devant ces silhouettes bigarrées et dévêtues gambadant dans la ville-lumière ? Du mal, probablement. A moins qu’ils ne se fussent vautré eux aussi dans la tendance du hot gardener, cette folie des réseaux qui craquent pour… les jardiniers sexys.

Bha oui, un mec au grand air, sain et souriant, qui a dédié sa vie au bien-être de petites plantes trop mimi, peut-on faire plus green flag (c’est le cas de le dire) ? Pour quadriller les faits divers depuis quatre décennies, je n’ai jamais lu d’histoire de jardinier zigouilleur. Et qu’on ne me parle pas d’Omar qui a été gracier, je le rappelle. Pardon, gracié. Bref, avec +50% de posts tagués #gardening, Tik Tok gave non pas seulement notre appétit d’herboristerie mais celui de rassurer notre vision de la virilité avec “des hommes doux qui prêchent la beauté et la puissance de la Terre”. Un sillon creusé par “Hot gardener’s seduction”, une série à l’eau de rose (mwaha) sortie l’année dernière, dont les anciennes des années 2000 diront comme souvent que “on n’a rien inventé, de mon temps c’était pareil. Regarde, Gabrielle Solis”. Certes. Et d’ailleurs, paraît qu’avant les jardiniers, Tik Tok s’était entiché des prêtres. Preuve que les oiseaux ne se cachent toujours pas pour mourir.

Ceux qui se planquent, en revanche, ce sont les gens qui lisent. Et plus précisément dans le métro où, levez la tête, les passagers plongés dans un livre en PAPIER (wsh c’est quoi ça ?) semblent aussi marginaux que les gens qui répondent “je vous en prie” plutôt que PAS DE SOUCIS. A tel point que dans Libé, Lola Lafon a consacré un billet à “tous les lecteurs du métro et d’ailleurs”. “Oublieux du chaos alentour, les voici qui tournent la page posément sans lever le regard. Lire en public, est un geste qui, aujourd’hui, ressemble à une requête : laissez-nous nous égarer.” Et j’ajouterais à l’attention de qui souhaiterait se distinguer (un homme petit ? un piètre jardinier ? un réfractaire aux shorts satinés ?), que brandir un bouquin plutôt que de poucer des kilomètres de dégueulis plus ou moins réel (de moins en moins), ça le fait grave et à moindre frais. En bref, parce qu’il est plus compliqué de se balader avec une pelle et du terreau dans le métro, prenez un putain de bouquin (en voilà un bon slogan pour la RATP).

J’ai l’air comme ça de cracher dans la soupelette aux réseaux mais je suis bien consciente de leurs nombreux bienfaits, comme celui de faire la lumière sur ceux qui n’en ont pas, en témoigne la belle histoire de celui que Le parisien a appelé “Le Zorro de Tik Tok”, Victor, un bon samaritain cofondateur du Guide ultime aux 2 millions d’abonnés parti sauver ces restaurants qui font salle vide alors que leur cuisine est signalée comme délicieuse. Depuis son passage, Little Baobei, que son propriétaire s’apprêtait à vendre, a multiplié son chiffre d’affaires par quatre et fait de nouveaux recrutements. Une histoire à l’image de beaucoup d’autres qui poussent l’humble Picard à continuer sa série par ailleurs très suivie. Comme quoi, on n’est pas si bitchy, online ou ailleurs. Quant au créateur (de contenu, pas celui dont nous parlera Le Pape au Stade de France), il estime qu’il n’est qu’un “projecteur” qui “met la lumière sur les gens qui le méritent”. Mhooooo. Et tu sais jardiner, Victor ?

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Adèle

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