Ces quelques semaines de pause m’ont permis de comprendre un truc : les vieux veulent avoir l’air jeunes tandis que les jeunes veulent avoir l’air vieux. Ouiii, vous allez me dire c’est vieux comme le monde - qui veut avoir l’air jeune, donc -, en tous cas autant que les personnes aux cheveux raides veulent les avoir bouclés et réciproquement.
Ok, sauf que ça s’accentue pas mal, en témoigne cette large revue de presse (je vous ai laissés sans nouvelles un petit bout de temps parce que j’ai décidé qu’une Substackeuse aussi avait le droit à quelques jours de congés et par ailleurs j’ai déménagé mais c’est une autre histoire que je raconterai dans une newsletter abonnés PREMIUM parce qu’il serait temps que ces bons samaritains en aient pour leur argent).
En attendant, revue de permutation des générations :
Dans Le Parisien, j’apprends que “les jeunes” (oui, cessons de tortiller du cul, appelons-les ainsi) se lèvent désormais tôt (sauf mon fils) pour aller… à la brocante. Haha, voilà qui aurait réjoui Victor Lanoux (et ça, jeune, t’as pas la ref). Pourquoi ? Pour le plaisir de dénicher, en mode Pokemon GO, mais aussi pour y faire de bonnes affaires. Parce que les jeunes n’ont pas beaucoup d’argent. Comme les vieux, tiens. Quelques jeunes interrogés “avouent” qu’ils viennent acheter et surtout vendre en after de soirée. Blurp, heureusement que “les jeunes” d’aujourd’hui ne boivent plus…
Est-ce que cette activité qui leur “donne l’impression de faire quelque chose de leur journée” leur fait gagner des points d’AURA ? Si vous n’avez pas encore entendu ce mot partout, préparez-vous. Ce qui est cool, c’est que le mot est proche de notre définition de jadis puisque l’aura 2026 désigne le charisme, la coolitude. Mais là on est sur une ref gaming. Il existe même des “aura battles”, ou “aura farmings”, l’équivalent des duels à l’épée de nos aïeux (sauf que personne ne meurt, sauf de honte ce qui dans une société du cringe équivaut peu ou prou à “la fin de l’envoi, je touche”). Et si mes enfants ne m’ont pas encore dit que j’avais une aura de fou (ou même famélique), ils m’ont dit deux fois cette semaine que j’étais BOOSTÉE et j’ai bien compris que c’était positif (je me suis d’ailleurs sentie jeune sur le coup).
J’apprends encore dans Le Parisien un come-back totalement inattendu. Non, pas le fer à repasser à chauffer à la flamme, ni les calèches pour faire Nation-La Défense en une journée mais… le Tatoo. Jure. Ce petit truc de toubib pour biper les gens. Askip “les jeunes” achèteraient ça pour se déconnecter de ce monde cruel où chacun vit en regardant d’autres vivres dans un écran qui vous sollicite pour tout et rien (je trouve plus mes clés ah non ah si tkt sinon on mange quoi ce soir BIP BIP BIP). A 1,50 euros le message Tatoo, c’est sûr qu’on s’y reprend à deux fois avant d’emmerder son interlocuteur.
Et en parlant de come-back, ma soeur m’a offert pour mon anniversaire… un élastique. Mais siiii, souvenez-vous, ce grand truc qu’on accrochait aux chevilles (puis genoux, puis cuisses…) de deux copines avant d’enchaîner des programmes très précis de 1 à 10 parfaitement exécutés. Et nous deux de partir en petits cris devant nos enfants : “Tu vas voir c’est GE-NIAL ! Meilleur jeu du monde !” Jusqu’au moment où il a fallu sauter (en hauteur cheville). Est-ce le poids des ans, le poids tout court, le vin d’anniversaire… toujours est-il qu’avant ça, je me considérais vraiment comme quelqu’un de jeune (dans sa tête et même son corps entrainé quotidiennement au yoga). Bha c’était faux. Mes fesses, et tout mon corps d’ailleurs, pesaient la défaite. Merci tata pour ce cadeau.
Nous n’avons heureusement pas enchainé sur une chenille (qui redémarreuuuuh En voiture les voyageurs, la chenille part toujours à l’heure), ma HANTISE de vie (surtout quand la chenille vous frôle et qu’un pote ou un oncle aviné vous agrippe en balançant joyeusement ses jambes de droite à gauche pour mimer un mille-pattes). Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que selon France Inter, la tendance revient (au secours). LES JEUNES adoreraient cette danse simple (tu m’étonnes) et fédératrice après des années de Covid et de solitude blablabla on connaît.
Et pendant que les jeunes achètent en brocante nos vieux pots pour en faire les meilleures sauces, nous les vieux tentons péniblement de rester jeunes en enfilant des sweats à capuche achetés en fast fashion, décortiquant des tutos make-up de Charlie Salvador pour agrandir notre regard, posant pleiiiiin de questions à Chat GPT, bref en continuant de cramer la planète plutôt que d’accompagner nos jeunes dans leur envie de mémérisation. Pendant ce temps, les collège-lycée, ces lieux qui nous lient, jeunes et vieux, continuent de faire remplir des fiches de renseignement PAPIER à rendre HIER, dans laquelle il faut indiquer son numéro de fixe de domicile et professionnel (et là j’ai TOUJOURS une forme de culpabilité à ne pas en posséder, comme si j’avais fait quelque chose de mal alors qu’on est TOUS dans ce cas). Une façon, peut-être, de rester dans un espace-temps irréel, en mode voie 9 3/4 de Harry Potter, insensible aux changements climatiques et sociétaux. Des habitudes doudou qui nous réunissent, comme cette prof de CM1 (aux Etats-Unis) qui a décidé d’installer dans sa classe un… “coin à prouts” afin explique-t-elle sur Tik Tok que ses élèves cessent de “péter les uns sur les autres”. Une “idée de génie”, estiment les internautes.
Juste une question, chers jeunes, se péter mutuellement dessus, c’est une battle d’aura ?
Bonne semaine !
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