LeParisianer, by Adèle

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C’était ça ou écrire

Quiet dating, petites brioches et temps d’écran. Bref, le sel de l’actu par Adèle Bréau (je signe non par egotrip mais parce qu’on m’a dit que c’était pas clair que c’était moi).

sept. 28, 2026
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Oui, oui, mon titre est un peu bitchy mais on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre et par ailleurs, on va bien être un peu obligé d’en parler. Du fait que, vous l’aurez compris à la tonalité de mes newsletters hebdomadaires, je ne fais pas appel à l’IA pour vous envoyer mes missives fort inspirées de l’actualité. Mais aussi d’une inquiétude évidente quant au devenir de nos métiers, nous ménestrels du bon (ou mauvais) mot. Je vais être brève parce qu’on a tout lu, tout entendu sur le cas Thélyson Orélien (pour les gens enfermés comme Jared Leto au temps du Covid dans une grotte sans connexion et découvrant cette affaire de Goncourable manifestement écrit par Chat GPT comme notre ami hollywoodien chelou découvrait un monde délesté de ses restaus et habitants, on parle du romancier haïtien encensé par la critique avant d’être balancé pour over usage de l’outil qu’on est toujours le seul à penser utiliser mais également pour plagiats avérés il y a quelques années. BREEEEF. Moi, ce que je trouve intéressant là-dedans, c’est que le texte, lui, a été célébré par des pros rompus à l’exercice. Que quelqu’un comme Brigitte Giraud, pour qui j’ai beaucoup d’estime, ait trouvé non seulement l’intrigue, l’oeuvre, mais aussi sa langue “remarquable” m’interroge car voilà. C’est triste à dire mais “on va pas se mentir”, comme disent les gens énervants : il semble bien que le meilleur texte de la rentrée littéraire ait été rédigé par une machine gavée de nos styles (et bien promptée. Parce que s’il suffisait de dire : “Claude, écris moi un Goncourt” comme un petit blond mal coiffé dirait “Dessine-moi un mouton”, y’aurait un paquet de subites reconversions). Et j’ajouterais ma pierre à l’édifice de cette réflexion sans fin mais dont je ne suis pas peu fière : l’IA en littérature, c’est un peu comme la chirurgie esthétique. Quand c’est bien fait, on trouve ça sublime. Quand c’est apparent, on crie au désastre, à la fraude, à la supercherie.

Que faire alors ? Wesh, je vais continuer à vous écrire comme je parle, en espérant que l’abominable lutin voleur de couleurs (au voleur, au voleur !) parte piller les graaaands auteurs avant les folles du bus comme moi qui ne se piqousent qu’au dictionnaire des sysnonymes, fond de teint du rédacteur dont même Victor Hugo, chus sûre, usait.

Ce qu’il ne subissait pas, ce bon vieux Victor père d’Adèle à qui je dois mon prénom, c’est le harcèlement de sa progéniture pour obtenir du TEMPS D’ÉCRAN. Dans Le Parisien, ainsi décrit-on le calvaire de géniteurs escroqués par la chair de leur chair muée en crackomans intoxiqués à cette drogue quémandée à longueur de journée. “Il m’a dit qu’il voulait faire des recherches. Bêtement, je lui ai donné l’accès et deux jours après, je me suis rendu compte qu’il passait par Chrome pour jouer à des jeux. Il avait passé 9 heures sur son téléphone. Sur une seule journée”, raconte Rémi, 40 ans, papa de La Rochelle dont le nom a été modifié (why ?), ajoutant : “Il est capable de me le demander à 25 reprises dans la même soirée.” L’histoire ne dit pas si notre dealer de minutes s’adonne lui-même tranquillou à ce passe-temps qui nous enterrera tous, papotant avec Claude en mode : “Comment demander à mon ado d’arrêter de me demander du temps d’écran ?”

Ou si (attention transition) ledit Rémi dont le nom a été modifié se livre avec extase au quiet dating. Mais qu’est-ce donc, vous demandez-vous ? Et bha l’exact contraire de ce que des débriefeurs comme moi considèrent comme kif premier dans le dating : raconter. Oui, il m’est même arrivé de vivre des trucs dans le seul but du débrief à venir. Et donc le quiet dating de consister à attendre un peu avant de “transformer chaque début d’histoire en dossier collectif”, selon Le Filtre. Askip que l’avis des autres modifierait trop une histoire au NARRATIF (nouveau mot bien énervant) bousculé par tant de décortiquages anticipés. Mouais, si on peut plus s’amuser…

… À raconter son rancard en un de ces lieux parisiens devenus le must du cool pour leur inconfort notoire, comme repéré fort à propos par M le Monde. Eh oui, si autrefois, l’individu qui ambitionnait d’investir votre corps vous mitonnait en préambule de jambes en l’air des préliminaires culinaires sur une banquette dodue de velours, bien au chaud, vous installant dos à la porte pour pouvoir vous défendre prestement en cas d’attaque inattendue, aujourd’hui, c’est le contraire. Une queue de cinq-cent mètres pour choper un truc cher, rare à prendre en photo (perso je REVE de goûter ces nouveaux petits pains japono-coréens au beurre et à la pointe de sel dont Tout Paname se gave) avant de caler un quart de fesse sur un tabouret pour liliputiens ou bien tiens, pourquoi pas, carrément le cul sur le trottoir, dans le pipi de chien, c’est CA le néo-cool. La maltraitance, ou “masochisme consumériste”, comme l’explique l’hebdo.

Car Antoine (dont le nom n’a pas été modifié, why ? again), d’expliquer qu’il se rend en ces lieux pour rencontrer des gens “sexy, dans tous les sens du terme” qui s’installent par terre, donc, comme à l’adolescence. Et d’ajouter que l’assise sur bitume comme la station debout répondent à des règles très sérieuses. Bref, qu’il y a les sexy de l’asphalte et les autres (les bourgeois, ceux qui ne font pas de yoga ou les trop vieux pour se contorsionner). Et comme on en revient toujours à ma grand-mère, elle aurait probablement levé les yeux au ciel et déploré : “Dire qu’il fallait souffrir pour être belle. Maintenant, il faut souffrir pour dater wsh c’est quoi dater ?”

Allez, bonne semaine, moi je pars tester les salted breads avec ou sans salted boy, et je ne ferai pas de quiet fooding. Bref, debrief soon.

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