Cabaia, ou la revanche du moche qui fait les meilleures soirées
Le sac le plus vu dans le métro parisien désespère les bobos
On le voit partout dans le métro. Fleuri, argenté, zébré, acidulé, personnalisé…, ce rectangle honorable que d’aucuns comparent à un mini-frigo trône sans arrogance sur les épaules des Parisiens. « Parisiens ? Certainement pas », s’étranglent les mean girls en micro-sac Pollen comme les trenchy Parisiennes en ballerines, denim brut et sac Celine en cross body, horrifiées quand elles les repèrent par ces vieilles écolières pas peu fières de leur trouvaille.
Pensez, un sac « pratique », français, écolo tant qu’il peut et garanti à vie dans lequel on glisse sans mal son ordi, sa gourde et même un bon bouquin, le tout en gardant la liberté d’utiliser ses mains, rep à ça, Jeanne Damas. Car oui, et contre toute attente, le soft power de l’Adventurer Cabaia a grapillé du terrain en loucedé, faisant de lui aujourd’hui… le numéro 1 en France du sac à dos, devant Eastpack. Ou comment la petite marque lancée sur l’idée de modularité de la poche avant et une forte adhésion de sa communauté est aujourd’hui au monde du it bag ce que la Bande à Fifi est au cinéma français. Soit, les beaufs qu’on regardait avec condescendance lorsqu’ils se sont lancés dans le grand bain sans se la raconter (et avec force mauvais goût pensaient alors les bien-pensants) jusqu’à ce qu’ils deviennent les plus gros vendeurs du secteur et qu’on se faufile l’air de rien au casting (on te voit).
Cabaia, c’est l’histoire de deux associés pleins d’idées (Bastien Valensi et Emilien Foiret) qui tentent successivement les tongs à lanières interchangeables, les bonnets à pompons aimantés, les chaussettes qu’on boutonne avant de les jeter dans le grand bain de la machine puis, ce fameux sac « sympa » pimpable que La Parisienne aurait sans doute imaginé (si tant est qu’elle ait pris le temps de se pencher sur ledit objet) adopté par quelque collégienne farfelue, randonneuse senior et autre maman de province, bref, ces êtres qu’elle découvre parfois à la faveur d’une série TF1 zieutée entre deux stories un soir de déprime.
Résultat de cette revanche l’élève de l’ombre ? Une campagne de hate condescendante lancée par la caste du bon goût.
Car oui. Comme les M&M’s Crispy, les Cabaia sont là. Partout, même, dirait la dame blonde dont on ne prononce pas le nom et qui porte un 24h Darel, elle. Faites le test. Désormais, et à la faveur de la théorie de la blue car (vous voulez vous acheter une voiture bleue ? Illico, vous en voyez à tous les coins de rue), vous ne remarquerez bientôt plus que cela. Cabaia par ci, Cabaia par là. Des doublettes, des gangs, dont certains s’envoient les clichés comme cette Tik Tokeuse dont la vidéo pose le Cabaia là. Soit, comme la manifestation ostentatoire d’une fracture scindant la capitale en deux camps : méprisants contre petites gens, arbitres du chic vs. pragmatiques heureux.
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Indifférents aux regards en biais de la police du staïle, ainsi la majorité silencieuse manifestement leadée par une horde de profs, early Cabaiadopteurs, arpente-t-elle vaillamment Paris, le dos joyeux et les mains libres.
Car ledit sac à dos, modèle honni de la Ville Lumière garante d’une quiet élégance maussade, n’a pas l’intention de céder sa place. Après la pandémie, télétravail, zoom et mobilité du travailleur agile qu’on balade désormais à droite à gauche obligent, ça n’est pas lesté d’un Chiquito qu’on ferait désormais carrière. Ainsi, tandis que le tote-bag vivait ses dernières heures de sac-tampon, le Pratique prenait-il Paris d’assaut, Vogue France shootant même un spécial sac à dos en août dernier lorsque Basic Fit submergeait l’Europe de rose et gris (mais ce huge sujet fera l’objet d’un article dédié), les filles des derniers défilés paradant même en mode baroudeuse, besace sur une épaule, pour bien montrer que le Tout Paris, le vrai, avait compris.
Cabaia, la Crocs du sac à dos
Comme pour les Crocs à leurs débuts, la minorité gueulant à l’attentat visuel rendra probablement les armes. Lorsque une Rihanna, une Bieber, un Usher (riez, riez) auront posté leur frenchy trouvaille à leurs millions d’abonnés. En attendant, si on laissait ces radieux Cabaistes s’ébrouer en paix dans la grisaille parisienne ?
Parce que, finalement, ce mépris social ne serait-il pas aussi l’expression d’une forme d’âgisme dont Paris a le secret ? Allez, laissez les daronnes kiffer leur ptit sac coloré, là.
Petit mot à la grande confrérie des sac-à-dosistes des transports en commun : avant d’effectuer un large mouvement, un rapide regard derrière vous peut éviter bien des dommages collatéraux. Merci pour les lunettes, les nez et la paix sociale.







